La poétique des tubes
L'exposition de meubles et objets des années d'avant-garde (1925-1935), réunis à la galerie Anne-Sophie Duval avec la complicité de la galerie berlinoise Ulrich Fiedler, est l'occasion de rendre hommage à une élégante vieille dame cosmopolite bientôt centenaire : la modernité.
En France comme en Allemagne, en Hollande, ou en Belgique, l'innovation industrielle ouvre la voie à un imaginaire radical libéré des contraintes de la matière : les sièges imaginés par Breuer (Wassily chair, 1925), Mies van der Rohe (Armchair MR 534, 1927), Le Corbusier (chaise-longue LC4, 1928) Rietveld (chaise Zig-Zag, 1934) ou Baugniet (fauteuil, 1927) sont autant d'audacieux défis à la gravité.
Mais cette révolution esthétique articulée en lignes, courbes et plans s'étend bientôt aux objets et meubles qui poétisent la fonction du quotidien : bureau aux lignes tubulaires (Lurçat, 1932) cube de rangement (Djo-Bourgeois, c. 1930 ), table à tréteaux (Eileen Gray, 1935), meuble pivotant (Chareau, c. 1930), table-liseuse (Aublet, c. 1930), console et tables gigognes (Gorska, c. 1930), coffre en aluminium (Lipska, 1925), luminaire (Desny, c. 1930), cuillère à thé, jeux d'échec et tapisserie (Bauhaus, 1924).
Ainsi, autour des laboratoires d'idées tels qu'ont pu l'être le Bauhaus (Weimar, 1919 puis Dessau) ou L'UAM (Paris, 1930), de nombreux créateurs de talents ont, avec un formidable optimisme, imaginé les contours de la modernité.
Mais il faudra attendre l'après-guerre, le développement de l'édition et la naissance du design pour que certains de ces prototypes marginaux et utopistes deviennent de véritables icônes du modernisme.
Les pièces présentées nous permettent ainsi de redécouvrir des objets singuliers restés dans l'ombre sans jamais avoir cessé d'être intemporels.







